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Lionel Sebbane

lionel1Nous avons, ce mois ci, le plaisir de vous présenter Lionel SEBBANE, joueur de haut niveau et capitaine de l'équipe de France OPEN, championne d'Europe en 2016 et vice-championne du monde à Lyon en août 2017. Vous l'avez déjà peut-être vu à la télé, il est un grand fervent des jeux de mémoire et de culture !

Présentation, cursus scolaire et universitaire, hobbies :
Je suis né le 29/04/1974 à Paris. Je suis un vrai parigot, même si depuis dix huit ans j'habite à cent mètres de Paris, dans la ville de Clichy.
J'ai fait un bac C, puis Maths Sup, Maths Spé et une école d'ingénieur en économie et statistique (ENSAE). J'y ai découvert le bridge et comme ça m'a beaucoup plu, j'ai choisi de me sous-employer dans la fonction publique pour avoir plus de temps libre. Je suis donc attaché de l'Insee et je bosse sur des bases de
données statistiques au Ministère de l'Intérieur.
Parmi mes autres passions, le cinéma, le théâtre et tous les jeux addictifs sur téléphone portable ou au
casino.

Palmarès en tant que joueur et capitaine :
En tant que joueur, j'ai gagné une Division Nationale par paires (avec Paul Séguineau), j'ai fait trois podiums également (argent avec Michel Duguet, bronze avec Frédéric Volcker et Jérôme Rombaut), ulionel2ne Division Nationale par 4 (avec Cédric Lorenzini) et quatre coupes de France (avec des partenaires différents : Jérôme Rombaut (deux fois), Pierre Schmidt et Michel Duguet). J'ai aussi fait un podium en Division Nationale mixte avec Sophie Dauvergne. J'ai fait partie de l'équipe de France en 2004 avec Laurent Thuillez (Championnat d'Europe + Olympiades).
J'ai capitainé assez souvent des équipes juniors et open, mon équipe a remporté le Championnat d'Europe 2016 à Budapest et terminé vice-championne du monde à Lyon en 2017.

Partenaire préféré, paire pour laquelle tu as le plus d'admiration ?
Je n'ai pas vraiment de partenaire préféré. Je trouve que la vie est trop courte pour jouer tout le temps avec la même personne et il y a plein de gens avec qui j'ai du plaisir à jouer (cf. mon palmarès où figurent plein de partenaires différents). De la même façon, il n'y a pas vraiment de paires que j'admire. J'ai l'impression que les paires qui durent longtemps, passez moi l'expression, s'emmerdent au bout d'un moment...

Comment as-tu découvert le bridge, est-ce devenu de suite une passion ?
J'ai découvert le bridge à la cafétéria de l'ENSAE (mon école d'ingénieur) et c'est devenu une vraie passion. En deuxième année, j'ai assisté à 0 heure de cours ! J'ai fini par négocier pour passer en troisième année. Il y avait quelques joueurs qui avaient une feuille de papier recto-verso pour expliquer les enchères et c'est avec cela que j'ai commencé. Puis j'ai lu les « Pas à pas » de Robert BERTHE, et la majeure cinquième, et je suis allé jouer des tournois de régularité. J'ai vite croisé d'autres jeunes, réussi à décrocher une médaille d'argent à mon premier championnat par paires Juniors et ça m'a donné envie de continuer, bien évidemment.

Prends-tu plus de plaisir, est-ce plus stressant de jouer ou de capitainer ?
Je prends bien sûr un peu plus de plaisir à jouer qu'à être capitaine mais c'est une occupation qui me plaît vraiment. Il faut être organisé, attentif, psychologue. C'est vraiment intéressant. Quant au stress, demandez à tous mes amis, ils diront que ce n'est pas un mot qui me caractérise. J'ai une très grande capacité à relativiser et j'ai donc beaucoup de mal à stresser pour un jeu de cartes même si c'est ma plus grande passion.

Comme déjà mentionné, on te voit souvent dans des jeux télé de mémoire et de culture, quelles sont les qualités requises pour, comme toi, y réussir brillamment ?
Pour les jeux télé, pas de secret, il faut une bonne culture générale (donc de la mémoire) et une dose énorme de chance. Ça se joue souvent à rien (un peu comme au bridge), où il faut beaucoup de techniquelionel3 et, sans la chance, on ne peut pas faire grand-chose. Et, comme au bridge, je ne suis pas du tout stressé, ce qui a l'avantage de rassurer mon coéquipier quand je fais un jeu en duo. Je suis assez accro aux jeux télévisés, j'ai dû passer plus de quarante fois à la télé dans une douzaine de jeux différents. Je n'y ai jamais gagné des fortunes, mais des gains substantiels pour arrondir les fins de mois, et en plus c'est net d'impôts !

Quelle est la perception qu'a ton entourage non bridgeur de notre discipline ?
Malheureusement, mon entourage des jeux de culture générale n'a pas forcément une bonne image du bridge. Une anecdote : un soir chez des amis on jouait à un jeu où un thème est proposé et chaque joueur à son tour doit donner une réponse. Le premier qui n'a plus d'idée ou dont la réponse ne convient pas au maître du jeu est éliminé. Le thème était : des activités à faire à la retraite. Première réponse proposée par le frère d'une amie (il ne me connaissait pas) : le Bridge. Eclats de rire général des autres qui me connaissaient. Mais  bon c'est symptomatique.

Quel est ton avis sur l'état du bridge français, pas « l'élite », mais la « base », sans que cela ne soit péjoratif, bien sûr ?
Le bridge est vraiment associé à une image de jeu pour les vieux pour mon entourage. Je suis assez pessimiste sur l'avenir quand, en tant que statisticien, je regarde la pyramide des âges. Cela fait vingt ans que je joue et je ne vois quasiment aucun renouvellement. Beaucoup de joueurs contre qui je joue en haute compétition étaient déjà là quand j'ai commencé et comme ils ont en moyenne vingt ans de plus que moi, combien serons-nous dans quinze ans ? Médiatiquement, le jeu est peu vendeur. Comment arriver à passionner les gens de regarder quelqu'un qui réfléchit pendant dix minutes alors que tout le monde voit que son contrat est sur table ? D'après moi le Board-a-match (système de notation : donne gagnée un point, donne égalisée 0.5 point, donne perdue zéro point) est le concept le plus porteur, c'est plus facile à comprendre que ces échelles de conversion de points et le spectacle peut être au rendez-vous. Evidemment, c'est la forme de bridge la moins développée en France...
Au niveau de la « base », il serait aussi intéressant de connaître le nombre de nouveaux licenciés depuis vingt ans mais là, mystère absolu. Je crains fort que le chiffre soit édifiant...

Que manque-t-il à notre équipe OPEN, jeune et talentueuse, pour devenir la numéro 1 mondiale (si ce n'est déjà fait !) ?
Notre équipe Open actuelle est extrêmement forte lorsque tous les joueurs sont au top de leur forme physique et mentale. Ça n'a pas toujours été le cas, mais tous font des efforts pour arriver au mieux de leur forme à Ostende en juin 2018 aux prochains championnats d'Europe, et si tel est le cas, on pourra envisager un doublé. N° 1 mondiale ou pas, c'est difficile à dire, il y a pas mal d'équipes fortes et maintenant que le ménage a été fait en ce qui concerne les tricheurs, il n'y aura certainement plus de domination outrageuse d'un pays comme cela a pu être le cas par le passé. Le bridge, ça va, ça vient, un match par K.O se joue souvent sur des détails. On aurait pu gagner à Lyon et pas à Budapest en changeant trois ou quatre donnes et il n'y aurait rien eu à redire. C'est pourquoi les classements ont peu de valeur, il faut retenir les palmarès, la beauté du jeu et les coups brillants qu'on peut voir de temps en temps.

Le mot de la fin : allez les bleu(e)s !!!