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Par le petit bout de ma lorgnette

13 - Championnats d’Europe à Ostende

Par Guy DupontGd11

 Par le petit bout de ma lorgnette

Championnats d'Europe à Ostende

Bilan français mitigé

Les Seniors en sauveteurs

Quelle déception ! Alors qu'elle était tenante du titre, l'équipe de France Open (Thomas Bessis, Cédric Lorenzini, Jérôme Rombaut, Lionel Sebbane, Paul Séguineau, Frédéric Volcker ; capitaine Julien Clément) a sombré à la douzième place du championnat d'Europe, à Ostende (Belgique). Jamais elle n'avait obtenu un aussi mauvais résultat (le pire, en 54 éditions, était jusqu'alors une onzième place, en 2012).
Du coup, la voilà privée de disputer la Bermuda Bowl, l'an prochain, à Sanya (Chine), alors qu'elle avait si brillamment conquis la médaille d'argent dans ce championnat du monde, l'été dernier, à Lyon. Seuls les huit premiers (au lieu de six auparavant) ont obtenu leur billet pour la Chine.
L'épreuve a été gagnée par la Norvège, devant Israël et la Russie (33 pays participants).

Circonstances atténuantes

Les Tricolores ont pris un départ catastrophique, se trouvant distancés à plus de 46 points des leaders, après douze matchs. Et pourtant, tout s'est joué à relativement peu de choses, puisqu'ils n'échouent à l'arrivée qu'à moins de 8 points de la qualification. Il est vrai que l'équipe avait des circonstances atténuantes, puisque deux des médaillés d'argent de Lyon, Quantin et Combescure, étaient indisponibles, pour raison de santé.
On s'étonnera, cependant, d'un certain « amateurisme » dans la gestion de l'encadrement de l'équipe. Les joueurs avaient refusé le choix de plusieurs capitaines, proposé par la commission de sélection, préférant s'adjoindre « un grand ami de beaucoup d'entre nous », selon l'expression de Thomas Bessis dans une vidéo de présentation de l'équipe de France sur le site de l'EBL (European Bridge League). Un choix finalement admis par la FFB. Mais qui laisse perplexe. Drôle de conception du capitanat. Qui peut accepter de confier le volant d'une Formule 1 à un pilote qui n'a guère conduit que des voitures à pédales ?
Sur le plan du rendement des paires, Lorenzini-Rombaut (qui ont disputé 384 donnes) arrivent en quatorzième position au classement Butler, avec une moyenne très honorable de 0,42 point gagné par donne, tandis que Bessis-Volcker (432 donnes) et Sebbane-Seguineau (208 donnes) sont loin derrière, avec un rendement respectif de 0,15 et 0,09 – pour franchir la barre des huit, c'est un peu juste.

Les Dames par la petite porte

Chez les Dames, on ne peut pas dire que l'équipe de France (Véronique Bessis, Anne-Laure Huberschwiller, Jennifer Mourgues, Carole Puillet, Vanessa Réess, Joanna Zochowska ; capitaine, Laurent Thuillez) ait particulièrement brillé, mais au moins, elle sauve l'essentiel, en terminant huitième – et dernière qualifiée pour la Venice Cup.
Les nerfs de ses supporters auront été mis à rude épreuve : il aura fallu attendre le tout dernier match, qui l'opposait à la Russie (alors neuvième), et même la toute dernière donne, pour valider l'obtention du précieux sésame pour la Chine.
L'épreuve a été gagnée par la Pologne, devant la Suède et la Norvège (23 pays participants). Dans le camp français, la paire Huberschwiller-Mourgues a obtenu le meilleur rendement (0,55 point par donne – leur bridge, agressif, est plutôt efficace... même si des aléas comme demander un chelem avec deux As dehors, ou contrer une partielle adverse au palier de deux pour égal, ne sont pas exclus), devant la paire Bessis-Puillet (0,30). Et, pour une fois, la paire Réess-Zochowska obtient un rendement négatif (moins 0,21).
Gageons qu'elle prendra sa revanche à Sanya.

Les Seniors par la grande

Pour éviter le naufrage, heureusement, il y avait les Seniors ! Grande consolation, l'équipe française (Michel Abécassis, Guy Lasserre, Michel Lebel, Alain Lévy, Philippe Poizat, Philippe Soulet ; capitaine, Eric Gautret) a dominé la compétition en la gagnant avec plus de 26 points d'avance, devant la Suède et la Pologne (sur 21 équipes).
Il est vrai qu'on attendait beaucoup de cette équipe, particulièrement capée – les médailles internationales obtenues par chacun de ses membres pourraient faire pâlir d'envie le chef d'Etat-major de l'Armée russe, un jour de défilé sur la Place Rouge.
Très en verve, la paire Lebel-Soulet avait retrouvé une forme digne de celle affichée trente-six ans plus tôt, lorsqu'ils avaient gagné ensemble le championnat du monde, la Coupe Rosenblum, en 1982. Preuve à l'appui : ils arrivent largement en tête du classement Butler, avec un fabuleux rendement de 0,92 point par donne – les deux autres paires ayant, pour leur part, parfaitement rempli leur mission, en carburant à une excellente moyenne autour de 0,50 point.

L'essentiel

Entrons dans le vif du sujet, avec un petit quiz portant sur cinq donnes de ces championnats. Commençons par une entame. Prenez la place de Vladimir Marashev, dans le match France/Bulgarie Open, en Ouest, avec :

 
A
52
D1095432
A95

 Les enchères (Nord donneur, Est-Ouest vulnérables) :

 

SONE
 Lorenzini Marashev Rombaut Tsonchev
    - -
1 2* 3 -
3SA Fin    

 * Faible
Quelle est votre entame ?

Solution

Avec deux As annexes dans sa main, Marashev estima logiquement que sa meilleure chance de faire chuter consistait à tenter d'affranchir ses Carreaux. Mais de quelle carte entamer ? Il choisit l'option agressive, en déposant la Dame de Carreau sur la table. Une carte qui ne pouvait rien coûter si le Valet se trouvait chez le partenaire, et efficace si, à tout hasard, elle parvenait à croquer un Valet sec au mort. C'était précisément le cas !

 

 
DV92
1083
V
D10762
 
A
52
D1095432
A95
 
R10864
DV74
86
43
 
753
AR96
AR7
RV8
 

 Sud laissa passer l'entame, et Ouest insista à Carreau. Imaginez la suite.
Cédric Lorenzini présenta le Roi de Trèfle. Marashev, persuadé que tout s'était joué à l'entame et que le déclarant allait devoir passer par les Piques pour tenter de l'emporter, s'empressa de prendre, avant d'affranchir ses Carreaux (un Cœur, puis un Pique, ayant été défaussés du mort).
Sud se comptait alors huit levées. Où quérir la neuvième ? Il trouva la clé : il poursuivit du Valet de Trèfle, croqué de la Dame (merci pour le partage 3-2), présenta le 10 de Cœur, couvert de la Dame et du Roi, encaissa trois autres levées de Trèfle, puis joua Cœur pour le 9, réussissant ainsi les trois plis dans la couleur qui lui étaient nécessaires. Fort bien joué. Il suffisait d'y croire !
Ouest aurait pu toutefois faire l'économie de cette apparente belle passe d'armes, dont il sortit grand perdant. L'essentiel ne se jouait pas seulement à l'entame... mais aussi à la troisième levée. Son erreur : avoir pris le Roi de Trèfle. En le refusant, une communication avec le mort aurait manqué à Lorenzini pour pouvoir mener à bien sa subtile manœuvre.
Précisons, pour être complet, qu'il n'aurait pas fallu qu'Ouest s'abstienne également de prendre le second tour de Trèfle (dans l'intention de couper la communication avec le mort), sinon le déclarant aurait pu s'en sortir en se rabattant sur les majeures, grâce à une fin de coup contre Est. La mise en place de cette fin de coup : ayant pris la main au mort à Trèfle, à la quatrième levée, le 10 de Cœur est présenté, couvert de la Dame et du Roi, et on poursuit à Pique, pour l'As d'Ouest ; celui-ci se garde bien d'encaisser l'As de Trèfle (qui affranchirait deux levées au mort) et insiste à Carreau (un Trèfle est défaussé du mort), pour l'As ; il reste à jouer Pique, pour la Dame, dans cette position :

 
DV9
8
 
107
 
 
5
9543
A
 
R108
V74
 
 
 
75
A96
 
8
 

 Que fait Est ? S'il ne prend pas, on poursuit par Cœur pour le 9, on tire l'As de Cœur (en défaussant un Trèfle) et on met Est en main à Cœur (en défaussant le dernier Trèfle), pour l'obliger à vous offrir encore un Pique. Et s'il prend, il doit soit se jeter dans la fourchette à Pique, et on terminera par l'impasse au Valet de Cœur, soit ressortir à Cœur et, après le 9, puis l'As, il sera mis en main dans la couleur, contraint de vous offrir alors les deux dernières levées à Pique.
Un coup qui rapporta 5 imp aux Français (3 par Ouest, moins deux, dans l'autre salle).

 Comme Zorro !

La donne qui suit s'est présentée au 31e tour de la compétition Open. Aux trente-deux tables, le petit chelem à Carreau a été demandé treize fois.

La séquence des Français, en Nord-Sud, alors opposés à la Grèce :

Sud donneur, personne vulnérable

 

 
 
9832
D63
 A864
106
 
     
 
A106
AR10
 RDV10732
 
 
SONE
2* - 2** 3
3 5 5 -
6 Fin    
 

 *Forcing de manche
**2 ou 3 contrôles italiens (1 Roi = 1 contrôle, un As = 2 contrôles)

Ouest entame du 3 de Trèfle, pour l'As d'Est. Votre plan de jeu ?

 Solution

Le chelem n'est vraiment pas folichon. Techniquement, vos chances de l'emporter reposent sur un jeu d'élimination préalable des atouts, des Trèfles et des Cœurs, avant d'encaisser l'As de Pique et de rejouer Pique. Vous gagnerez alors si une main détient deux honneurs secs, Roi-Dame, Roi-Valet, ou Dame-Valet : elle sera contrainte de contre-attaquer à Trèfle ou à Cœur, dans coupe et défausse, ce qui vous permettra d'effacer votre perdante à Pique en Sud, tout en coupant du mort.

 
9832
D63
A864
106
 
DV54
V85
5
R7543
 
R7
9742
9
 ADV982
 
A106
AR10
RDV10732
 
 

 Mais vous pouvez tenter d'améliorer vos chances, si une main détient le Roi de Pique second, à condition d'avancer masqué. Comme Zorro ! Après avoir coupé l'entame, montez au mort par l'As de Carreau (les atouts sont 1-1, parfait !) et appelez un petit Pique, pour votre As. A ce stade du coup, où votre plan de jeu n'apparaît pas clairement, la défense ne verra pas toujours l'urgence de débloquer le Roi.
Profitez alors de la situation en poursuivant par Cœur pour la Dame, afin de couper le dernier Trèfle (ne donnez pas sa chance au flanc de défausser le Roi de Pique, en remontant au mort à l'atout), puis encaissez As-Roi de Cœur, avant de ressortir de votre main par le 6 de Pique, pour la mise en main espérée fatale.
Ce jeu présente un petit avantage supplémentaire, au cas où Est aurait détenu la Dame de Pique seconde (non débloquée à la troisième levée) : nanti de Roi-Valet quatrièmes, Ouest ne devra pas manquer de plonger du Roi (gobant la Dame – c'est le coup du crocodile), afin de pouvoir encaisser le Valet, la levée de chute. Fournir paresseusement le Valet offrirait son contrat au déclarant.
Toujours est-il que sept des treize déclarants à 6 ont réussi à cambrioler le contrat. Ce ne fut pas le cas du déclarant français, qui n'a pas masqué sa ligne, en procédant d'abord au jeu d'élimination, avant de jouer Pique du mort. Est, voyant alors clairement venir le coup, n'a pas eu trop de difficulté à débloquer le Roi. 10 imps pour la Grèce (5égal dans l'autre salle).

Face aux jeux masqués, quelques rares défenseurs n'en ont pas moins plongé du Roi de Pique à la troisième levée, comme le Suédois Ola Rimstedt contre le Russe Vadim Kolomeev. Finalement, la carte juste, car elle ne pouvait rien coûter dans cette situation, après la séquence.

A la manœuvre

Le coup suivant s'est présenté lors du 7e tour du championnat féminin, alors que la France était opposée à l'Islande et que les deux équipes bataillaient dans le peloton de tête.
Prenez la place de Joanna Zochowska, en Sud.

 
 
RD109543
94
 R93
3
 
     
 
2
AD1072
AV84
1098
 

les enchères (Sud donneur, Est-Ouest vulnérables) :

SONE
Zochowska Haraldosdottir   Réess
Sigubjrnsodottir
1 1SA 2 (Texas) -
2 - 4 Fin


 

 Ouest entame du 7 de Pique. Subodorant une entame sous l'As, vous appelez le Roi, et Est fournit le 6. Espérant alors un Valet d'atout second en Est, vous poursuivez en présentant la Dame de Pique, mais... Tout faux ! La fille d'Harald prend de l'As (Est ayant suivi du 8, et un Cœur ayant été écarté en Sud) et, pas fâchée de vous avoir administré ce petit contrepied à l'entame, encaisse (un peu fièrement, trouvez-vous) le Valet d'atout, sur lequel la fille de Sigurbjorn appelle à Trèfle. Suivent l'As de Trèfle, puis un petit Trèfle, que vous coupez. Vous avez déjà perdu trois levées. Il vous faut donc faire le reste. Vos espoirs ?

 

 
RD109543
94
R93
3
 
AV7
RV3
D76
AV52
 
86
865
1052
RD764
 
2
AD1072
AV84
1098
 

 Solution

Ouest a choisi une entame risquée qui a tourné à son avantage. On sait ce que cela cachait, après l'intervention à 1 SA : la présence d'honneurs dans les trois couleurs annexes, et le désir de ne pas vous y livrer de levée. Nul doute, alors, que le Roi de Cœur et la Dame de Carreau se trouvent dans sa main, et que les impasses contre ces honneurs sont vouées à l'échec.

 Comme une fin de coup dans les rouges contre le flanc gauche s'avérerait impossible, Joanna Zochowska focalisa son attention sur les Carreaux. Ouest y détenait assurément la Dame, mais pas nécessairement le 10, estima-t-elle, et pour peu que la couleur soit 3-3, quatre levées devraient pouvoir y être collectées, grâce à une originale manœuvre de Buffalo !
Encore fallait-il jouer juste. Après la coupe à Trèfle, elle encaissa un autre tour de Pique (en défaussant un autre Cœur en Sud) – histoire de constater que personne ne défaussait de Carreau – et vint l'instant crucial : Cœur pour l'As, puis Valet de Carreau, couvert de la Dame et du Roi, et enfin 9 de Carreau, en le laissant filer, si Est ne couvrait pas. Le bon choix, en l'occurrence, qui lui permit de défausser sa perdante à Cœur sur le treizième Carreau.
Et 10 imp à la clé pour la France, quand « les filles de... », dans l'autre salle, s'en sortirent à une levée de chute, au même contrat de 4.

La fille d'Ivar

Le coup fut joué de la main de Nord (qui ne s'était pas embarrassé de Texas, après l'intervention à 1 SA, préférant conclure directement à la manche à Pique). Jennifer Mourgues, en Est, entama du Roi de Trèfle et contre-attaqua à Cœur.
Le contrat aurait pu être réglé sans trop de difficultés, si la fille d'Ivar avait appelé l'As de Cœur, avant de poursuivre par Pique pour le 10 (cette fois, l'impasse au Valet s'imposait), puis en faisant sauter l'As de Pique, en coupant la contre-attaque à Trèfle, et en défilant tous les atouts. A quatre cartes, Ouest, tenu de garder le Roi de Cœur sec et la Dame de Carreau troisième, n'aurait pas échappé à la mise en main à Cœur, l'obligeant à livrer la dixième levée à Carreau.
Mais Nord choisit une voie plus aventureuse : elle décida d'appeler un petit Cœur du mort, pour le Valet d'Ouest (Anne-Laure Huberschwiller), qui contre-attaqua àTrèfle, coupé. Joignant le mort par l'As de Cœur, la déclarante joua Pique pour le 10, puis abandonna l'As à Ouest, qui insista à Trèfle, de nouveau coupé. Tous les atouts furent encaissés, mais chacun des flancs s'accrocha à ses Carreaux, et... rien à faire pour y empocher plus de deux levées.
Voyez-vous où la progéniture d'Ivar a péché ? Au mort par l'As de Cœur, elle aurait dû, non pas jouer Pique, mais présenter le Valet de Carreau, forçant la Dame, avant de réaliser l'impasse au 10, afin de ratisser trois levées dans la couleur. Profitant, dans la manœuvre, d'une remontée au mort à Carreau, il aurait été temps, alors, de jouer atout pour le 10.

La donne a fait quelques dégâts : à la moitié des vingt-deux tables du championnat féminin, on s'est contenté d'une partielle, et sur les onze postulantes à la manche à Pique (dix fois jouée par Nord), quatre seulement l'ont gagnée.

L'astuce

Au 21e tour (sur 33), l'équipe Open française, très mal partie, avait amorcé une remontée au classement général, revenant de la vingtième à la treizième place. Cette donne, contre la Hongrie (alors deuxième), aurait pu accélérer son retour. Prenez place en Sud.

 
 
R873
R9
V7654
D3
 
     
 
AV42
A87
A98
AR9
 

La séquence française (Est donneur, Est-Ouest vulnérables) :

SONE
      -
2SA - 3 -
3 - 4 Fin


 

 Ouest entame du Valet de Cœur, pour le Roi (le 5 en Est). Comment jouez-vous ?

Solution

Vous n'aurez pas d'inquiétude sur un partage 3-2 des atouts, puisque vous n'abandonnerez tout au plus qu'une levée de Pique et deux de Carreau à la défense. Le danger pourrait provenir d'un partage 4-1 des atouts. Alors, déjà, comment manier les atouts ? Vous êtes tenté de commencer par le Roi, avant de jouer vers le Valet... Mais avez-vous ici quelque raison de ne pas le faire ?

 
R873
R9
V7654
D3
 
D1065
V10432
R
1062
 
9
D65
D1032
V8754
 
AV42
A87
A98
AR9
 

 Si vous aviez possédé le 9 de Pique au mort à la place du 8, vous auriez adopté le maniement de sécurité classique pour ne perdre qu'une levée dans la couleur, en vous prémunissant contre un partage 4-1 : As de Pique, puis petit vers le 9 ; si Ouest détient quatre atouts, il devra insérer le 10, pour vous empêcher de réaliser la levée du 9, et vous ne lui abandonnerez ensuite que la Dame ; et s'il détient un singleton, vous appelez le Roi, et n'aurez plus qu'à rejouer vers le Valet pour limiter votre perte à une levée dans la couleur.
Vous n'êtes pas loin ici de ce cas de figure. Regardez-y de plus près : les conditions de ce maniement seraient même parfaitement réunies si le singleton était soit le 9, soit le 10, soit la Dame. Une grande probabilité, et donc trois bonnes raisons de l'adopter !
Les sages qui, après le Roi de Cœur, ont joué Pique pour l'As, puis Pique vers le mort, ont été bien récompensés, après l'apparition du 9 en Est, au premier tour. Si Ouest n'insérait pas le 10, le 7 faisait alors la levée, puis le Roi était tiré, et il restait à couper un Cœur avant d'encaisser les trois levées de Trèfle maîtresses et l'As de Carreau (une coupe par Ouest n'aurait pas menacé votre réussite). Et si Ouest intercalait le 10, celui-ci était pris du Roi, et il convenait alors de jouer Cœur pour l'As, et Cœur coupé, avant de poursuivre par le 8 de Pique.
Ouest n'avait pas de bonne défense : il prenait de la Dame et rejouait Cœur, mais l'astuce consistait à lui abandonner ses deux levées de Cœur, en défaussant vos deux perdantes à Carreau. Et, après son retour en mineure (bien obligé), il restait à lui extirper son dernier atout, avant de tabler, pour dix levées.
Pas plus d'inquiétude si Est avait possédé quatre atouts : après As de Pique et Pique pour le Roi, en ayant noté le singleton d'Ouest (cette fois, quel qu'il soit), vous auriez poursuivi par As de Cœur et Cœur coupé, avant de rejouer Pique. Est aurait pris de la Dame, et, sur un éventuel retour à Cœur, vous auriez défaussé vos perdantes à Carreau, afin de vous trouver ensuite en mesure de capturer le dernier atout.

 Egalité !

Le déclarant français a cédé au réflexe de commencer par encaisser le Roi de Pique, avant de rejouer Pique... pour un petit de sa main. Ouest n'a pas trouvé la contre-attaque mortelle du Roi de Carreau. Il a insisté à Cœur, offrant ainsi à Sud le moyen de se remettre en selle. Mais celui-ci n'a pas découvert la ligne victorieuse, qui aurait consisté, après As de Cœur et Cœur coupé, puis trois tours de Trèfle, à poursuivre bravement par un petit Carreau sous l'As. Ouest, en main au Roi, pour éviter de se jeter dans la fourchette As-Valet d'atout, aurait contre-attaqué à Cœur, dans coupe et défausse, mais le déclarant aurait coupé du 8, tout en défaussant un Carreau, et sur le jeu à Carreau, pour l'As, qui aurait suivi, la défense n'aurait pu faire moins que de livrer encore deux levées à Sud.
Par chance pour la France, le coup s'est traduit par une égalité, car dans l'autre salle, le déclarant hongrois a adopté le même mauvais maniement à l'atout.
Il est intéressant de constater que, dans le championnat Open, quinze déclarants ont gagné la manche à Pique et que treize l'ont chutée. La proportion fut à peu près identique dans les championnats Dames et Seniors. Chez ces derniers, Lebel a gagné le coup, mais son adversaire écossais aussi ! Chez les Dames, les Françaises avaient poussé le bouchon à 6, mais la perte ne fut que de 3 imp, car, par bonheur, leur adversaire grecque avait chuté 4.

 Oscar virtuel

Si l'on devait attribuer un Oscar pour la donne la mieux jouée des championnats, c'est à Cédric Lorenzini que le petit jury de mon for Intérieur, en accord avec mon propre choix, l'aurait décerné, pour ce coup gagné lors du match France/Monaco.

 
D752
RV
D732
982
 
A1086
843
V1064
D3
 
V83
A96
985
RV104
 
R4
D10752
AR
A765
 
 

Les enchères (Sud donneur, Est-Ouest vulnérable) :

SONE
 Lorenzini Helness Rombaut Helgemo
1 - 1 -
2* - 2** -
3SA Fin    


 

 *Gazzilli (soit naturel, soit artificiel avec une main de 16 pts et plus)
**enchère indiquant au moins 8 pts
Ouest entame du 6 de Carreau (en pair-impair) – le 5 en Est. Déjà, que jouez-vous à la seconde levée ? Et ensuite ?

 Solution

C'est ce qu'on appelle, dans le jargon du bridge, une donne à tiroirs – les variantes, où l'on risque de s'égarer, rendent complexe la solution. A priori, vous ambitionnez de réaliser quatre levées de Cœur, trois à Carreau, une à Trèfle et une autre à Pique. Mais l'ennui, c'est que vous allez devoir faire face à de terribles problèmes de communications pour prendre vos levées dans le bon ordre – si cela est possible – et que la défense n'est pas là pour vous faciliter la tâche ! A deux jeux seulement, c'est encore plus dur !

Ici, la première clé ne saute sans doute pas aux yeux : après avoir pris l'entame du Roi de Carreau, elle consiste à encaisser l'As (oui, ou le contraire, arrêtez de chipoter !). Tout autre départ vous barrerait la route du succès. Sitôt fait, vous poursuivez par Cœur pour le Roi, ce qui n'est pas trop sorcier – mais vous n'auriez pas de solution gagnante si vous vous avisiez d'appeler le Valet, au lieu du Roi (Est pourrait vous laisser faire deux levées de Cœur, donnant un coup de couteau fatal à vos communications, ou encore prendre le Roi de Cœur au second tour et contre-attaquer à Pique : si vous fournissez le Roi, celui-ci fait la levée, et si vous jouez le 4, Ouest prend de l'As, et, dans les deux cas, vous ne reverrez plus le mort –vous assisterez, impuissant, à l'enterrement de la Dame de Carreau.

 La voie royale

Bref, comme Lorenzini, vous avez bien commencé. Si le Roi de Cœur fait la levée, il faudra tout de même ne pas manquer d'encaisser ensuite la Dame de Carreau, avant de poursuivre par le Valet de Cœur (croqué de la Dame, si Est fournit encore petit). Mais Helgemo décide de prendre le Roi de Cœur de l'As et, histoire de brouiller les pistes, dépose le Roi de Trèfle sur la table !
Le déclarant fut long à se décider. Finalement, d'hypothèses de nécessité en hypothèses de nécessité, il parvint à se faire une idée juste de la situation, estimant que ses chances reposaient désormais sur la présence de l'As de Pique en Ouest, avec une courte à Trèfle chez celui-ci. Il laissa passer le Roi de Trèfle et encaissa de l'As le tour de Trèfle suivant (s'il ne l'avait pas fait, Ouest, en main à la Dame, aurait affranchi un Carreau, qu'il aurait pu encaisser, pour la chute, en reprenant la main à l'As de Pique).
Il restait à Sud à encaisser ses Cœurs, puis à présenter le Roi de Pique, pour que la voie royale s'ouvre enfin devant lui : après l'As, Ouest ne pouvait que lui offrir l'accès au mort espéré. Dans l'autre salle, les Monégasques s'étaient arrêtés à 2, et le coup rapporta 7 imp (bien mérités) à la France.

Une petite question, rétrospectivement. Qu'auriez-vous entamé à la place d'Helness ? Reconnaissons qu'il n'a pas eu la main très heureuse :toute autre entame que celle à Carreau aurait permis de faire chuter !